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Forêts anciennes revisitées : des lichens comme indicateurs de forêts anciennes

Donna Crossland

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Troy McMullin et Yolanda Wiersma examinent de tout près le lichen Lungwort (Lobaria pulmonaria) en faisant une recension de la diversité des lichens dans le parc national Kejimkujik, en Nouvelle-Écosse.

 

 

Ottawa, 5 mars 2019 – Deux biologistes canadiens, y compris Troy McMullin du Musée canadien de la nature, proposent un meilleur moyen d’évaluer la valeur de forêts anciennes d’Amérique du Nord pour la conservation en faisant appel aux lichens comme bio-indicateurs sensibles aux changements environnementaux.

Troy McMullin et Yolanda Wiersma, Ph. D., spécialiste en écologie des paysages à l’Université Memorial de Terre-Neuve, présentent un système centré sur les lichens dans un article publié aujourd’hui en ligne dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment de l’Ecological Society of America.

« Nous présentons un véritable changement de paradigme dans la façon d’évaluer les forêts et de les gérer, déclare Troy McMullin, lichenologue au Musée. Comment choisir les forêts qui ont la plus haute valeur en matière de conservation ? Comment décider ce qu’il faut protéger et ce qu’on peut couper ? Les lichens fournissent une partie de la réponse. »

Les forêts de peuplement mûr, surtout celles d’Amérique du Nord, sont perçues comme des milieux d’une grande biodiversité, en plus de leur intérêt esthétique et spirituel. On définit généralement ces forêts par l’âge des arbres et on adapte les pratiques de conservation et gestion en conséquence. D’après les deux chercheurs, il s’agit là d’une simplification extrême, car on ne tient pas compte de l’importance de la biodiversité de ces habitats.

« Les forêts comportant de vieux arbres sont certainement magnifiques et importantes, dit Yolanda Wiersma. Toutefois, elles changent avec le temps et ce qui est une forêt ancienne maintenant peut ne pas toujours être une forêt. »

Les chercheurs ont adopté une démarche qui leur permet d’appréhender la présence de forêts dans le contexte plus large du paysage.

« Si nous voyons le paysage comme une courtepointe en patchwork composée de forêts d’âges divers, certains « morceaux » de forêt persisteront pendant longtemps, tandis que d’autres apparaîtront ou disparaîtront au cours de laps de temps plus ou moins longs. Notre méthode permet de repérer les morceaux qui sont restés en forêt depuis le plus longtemps, même s’ils n’abritent pas les arbres les plus vieux. »

Troy McMullin et Yolanda Wiersma soutiennent que les vieux arbres ne sont que des marqueurs indirects de la biodiversité des écosystèmes de forêts anciennes et que la biodiversité devrait se mesurer directement – en cela, le lichen est un candidat idéal.

Troy McMullin © Musée canadien de la nature.

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Sphaerophorus globosus (sphérophore globulaire), un lichen facile à identifier de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve. On a démontré l’utilité de cette espèce pour reconnaître les forêts anciennes des forêts secondaires en Nouvelle-Écosse, au Canada.

« Les avantages du lichen comme indicateur de cette biodiversité sont les suivants : il reste sur place, on peut l’étudier à tout moment de l’année et il « se nourrit d’air », ce qui en fait un des organismes de la forêt les plus sensibles », explique Troy McMullin.

Beaucoup de forêts anciennes ont une humidité élevée persistante et de nombreux micro-habitats propices à certaines espèces qui ne peuvent se disperser facilement. La présence de ces forêts dans un paysage procure un refuge à des graines et des spores qui alimentent cette biodiversité.

Dans leur article, les deux chercheurs proposent d’utiliser une séquence de lichens associés à des peuplements mûrs connus pour établir un « indice de continuité écologique » des forêts à l’étude. Les biologistes œuvrant à la conservation et les gestionnaires des forêts pourraient utiliser cette fiche des espèces de lichens comme outil : plus une forêt contiendrait d’espèces associées aux peuplements mûrs, plus sa conservation présenterait d’intérêt.

Les scientifiques font remarquer qu’on a déjà recours aux lichens pour évaluer la valeur d’un peuplement mûr et la pérennité de la forêt dans certaines parties d’Europe, mais moins en Amérique du Nord. Les auteurs citent en exemple des études du botaniste britannique Francis Rose, Ph. D., qui a élaboré un indice d’une trentaine de lichens associés aux Forêts royales de Grande-Bretagne ou forêts-parcs médiévales, qui n’ont pas été touchées depuis des centaines voire des milliers d’années.

Troy McMullin s’est aussi fondé sur les travaux de Steven Selva, Ph. D., de l’Université du Maine. Ce dernier a montré que certaines espèces de lichens calicioïdes, que l’on rencontre généralement surtout dans les peuplements mûrs, peuvent être de bons indicateurs de zones demeurées forestières de la Forêt acadienne.

Les deux auteurs de l’article se sont servis de ces connaissances pour élaborer des listes de lichens servant le même but dans les forêts carolinienne, boréale et celles des Grands-Lacs et du Saint-Laurent. Parmi les prochaines étapes figurent la formation de responsables de l’évaluation des forêts, l’accès aux compétences de lichénologues chevronnés et le recours à de nouvelles technologies comme les codes à barres génétiques.

Lichens 101
Selon les estimations, il existerait quelque 2500 espèces de lichens au Canada. Certains lichens fixent l’azote dans le sol. Ils jouent un rôle important dans l’écosystème : ils sont parmi les premiers à coloniser la roche nue, ils préviennent l’érosion en retenant le sol, ils procurent de la nourriture aux animaux et un habitat aux insectes et ils nous servent d’indicateurs de la pollution de l’air. Le Musée canadien de la nature abrite l’Herbier national du Canada qui comprend environ 150 000 spécimens de lichens.

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Un mot sur le Musée canadien de la nature
Le Musée canadien de la nature est le musée national de sciences et d’histoire naturelles du Canada. Il procure des connaissances fondées sur des faits et des expériences enrichissantes. Il manifeste son indéfectible engagement à l’égard de la nature d’hier, d’aujourd’hui et de demain par la recherche scientifique, la conservation de quelque 14 millions et demi de spécimens, des programmes éducatifs, des expositions permanentes et itinérantes et son dynamique site Web, nature.ca.

Relations avec les médias:
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Chef, Relations avec les médias
Musée canadien de la nature
613-566-4781; 613-698-9253 (cell.)
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Agente de communication, Département de science
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