Au laboratoire

Marisa Gilbert préparant un humérus du fossile de Puijila.
Alors qu’elles se trouvaient encore sur le terrain, Natalia Rybczynski et Mary Dawson pouvaient déjà affirmer que le fossile mis au jour était un carnivore aquatique. Elles devaient toutefois attendre de retourner au laboratoire de leur musée respectif afin d'utiliser l’équipement spécialisé nécessaire pour approfondir l'analyse.
Pour transporter le fossile, l'équipe a enveloppé les os dans du papier hygiénique (des rouleaux de papier additionnels ont été apportés à cette fin) et les a disposés dans des boîtes à parois rigides.
Les éléments du corps furent expédiés au Musée canadien de la nature, où travaille Natalia Rybczynski. Ceux du crâne furent envoyés au Carnegie Museum of Natural History, le point d'attache de Mary Dawson.
Préparation des fossiles
Natalia Rybczynski installant le crâne sous l'appareil photo au laser 3D.
Il faut nettoyer le fossile avant d'y pratiquer quelque analyse que ce soit. Les chercheurs ne procèdent pas à cette opération délicate sur le terrain, car elle requiert un équipement particulier et beaucoup de temps.
Quand des fossiles sont mis au jour, ils sont généralement intégrés à une masse rocheuse ou couverts de sédiments. Dans le cas présent, la majeure partie du fossile était cimentée dans une fine matrice de silt.
Marisa utilise un micro-outil d'abrasion à air comprimé pour nettoyer les os de Puijila des sédiments.
Au Musée canadien de la nature, Marisa Gilbert a préparé les os du corps (sans le crâne) à l'aide d'un micro-outil abrasif à air comprimé. Cet appareil nettoie la surface du fossile avec un jet d'air comprimé et du bicarbonate de soude. Cette méthode délicate n’endommage pas le fossile. Là où la matrice était solidement cimentée, Marisa Gilbert s’est servie d'outils à main très petits – explorateur dentaire et aiguilles – tout en regardant ce qu'elle faisait à travers un microscope à dissection!
Pendant ce temps, les chercheurs tentaient de réunir les fragments d'os comme s'il s'agissait véritablement des pièces d'un casse-tête. Quand ils arrivaient à assembler deux pièces, ils les collaient ensemble avec un consolidant. Peu à peu, l'animal prenait forme.
Les morceaux du crâne ont été préparés par Alan Tabrum, préparateur scientifique au Carnegie Museum of Natural History. Il a utilisé un graveur à air Micro-Jack pour enlever une partie de la roche à la base du crâne (région basicrânienne). Pour la majeure partie du crâne, il a dû travailler péniblement sous le microscope à dissection avec des aiguilles très fines tenues dans un petit étau.
Le squelette virtuel
Natalia et Alex Tirabasso (spécialiste de la production 3D au Musée canadien de la nature) comparent un crâne de carcajou à une image 3D de Puijila.
Une fois nettoyés, les os ont été envoyés au Centre d'imagerie Arius3D du Musée canadien de la nature pour y être balayés à l'aide d'un appareil photographique au laser à haute résolution. Grâce à un logiciel spécialisé, les techniciens ont ensuite transformé les données précises sur la position et la couleur des os obtenues au laser en images représentant des reconstitutions virtuelles tridimensionnelles. Ces images sont appelées modèles 3D.
Ces modèles 3D offrent un certain nombre d'avantages par rapport au spécimen authentique. Dans le cas de ce fossile, le modèle a surtout aidé les chercheurs à reconstituer le squelette, qui était partiellement brisé, excessivement fragile, et dont il manquait des parties. Le crâne présentait plusieurs difficultés. Grâce à l'imagerie 3D, les scientifiques ont reconstitué le haut du crâne à partir de fragments, ce qui leur a permis de déplacer les parties virtuelles et de les rassembler, comme s'il s'agissait d'un casse-tête à trois dimensions.









