Dépistage génétique : Promesses et périls
Ottawa (Ontario), le 5 mai 2003
Devrions-nous avoir le droit de breveter des gènes ?
Nous sommes nés avec nos gènes. Mais si nous avons
besoin d'identifier certains gènes ou de les utiliser en
dehors de notre corps, il nous faudra peut-être payer. Ceci
parce que le brevetage de gènes nouvellement découverts
dans diverses espèces, du vers de terre à l'être
humain, est maintenant dans l'ordre des choses.
Le fait que quelqu'un puisse détenir un brevet sur une partie
d'un être humain laisse beaucoup de gens perplexes.
« Ce problème a surgi dès le démarrage
du projet du génome humain, explique Timothy Caulfield.
On est parti du principe, surtout aux États-Unis, que la
découverte d'un gène est équivalente à
celle d'une nouvelle molécule. Si vous pouvez purifier le
gène et lui trouver un usage, alors vous pouvez le breveter. »
Il existe actuellement environ 35 000 brevets portant sur des gènes
aux États-Unis et environ le dixième de ce nombre
au Canada.
Le dépistage du cancer du sein par les gènes BRCA
illustre bien l'inquiétude que suscitent les répercussions
du brevetage des gènes sur le système des soins de
santé. En effet, à chaque fois qu'on effectue un test
faisant appel à ces gènes, on doit verser des redevances
à Myriad Genetics, qui en détient le brevet. De nombreux
gouvernements se sont insurgés contre les coûts de
ces tests qu'ils jugent prohibitifs.
« Comment harmoniser nos politiques d'innovation avec celles
des soins de santé pour que ces deux grands programmes sociaux
n'entrent pas en concurrence dans dix ans », demande M. Caulfield ?
Alan Bernstein estime toutefois que les brevets jouent un rôle
essentiel dans la mise en place de règles du jeu précises
en génomique.
« Je ne crois pas que le brevetage des gènes soit
une mauvaise chose. Cela met au clair le droit de propriété
sur un gène » explique-t-il. Les entreprises pharmaceutiques
peuvent dès lors se livrer à d'importantes recherches
en toute tranquillité, se sachant à l'abri d'attaques
pouvant découler de confusion juridique sur les droits de
propriété.
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