Dépistage génétique : Promesses et périls
Ottawa (Ontario), le 5 mai 2003
De quelle utilité est le dépistage génétique
pour ceux qui meurent de faim ?
Dans la plupart des cas, l'état du compte en banque d'une
personne constitue un meilleur facteur de prédiction de sa
santé à long terme, que les données de sa banque
de gènes. Cette réalité choquante remet en
cause le bien-fondé d'investir dans la recherche en génomique
dans des sociétés, et dans un monde, où sévissent
de profondes iniquités sociales.
« Notre famille nous lègue beaucoup plus que des gènes,
explique Abby Lippman. Nous héritons la
richesse. Et la plupart des inégalités au sein du
Canada et entre le Canada et les autres pays du monde se fondent
davantage sur des questions de pauvreté ou d'aisance matérielle
que sur la structure génétique de la société. »
Pour Timothy Caulfield, le financement public
du dépistage génétique constitue un problème
éthique crucial que pose l'adoption de cette technologie.
« Une des questions les plus épineuses est de savoir
comment procéder pour déterminer ce qui sera couvert
par le système de soins de santé public, fait observer
M. Caulfield. Ensuite, que fera-t-on de tous les tests de dépistage
génétique qui ne seront pas financés ?
Créera-t-on des lois qui interdiront le dépistage
génétique privé ? Nous ne faisons pas cela
avec l'IRM (imagerie par résonance magnétique ni le
tomodensitogramme. Est-ce différent dans ce cas ? »
Ces réserves concernant le financement public d'une technologie
perçue par beaucoup comme étant élitiste sont
également souvent formulées à l'endroit du
programme d'exploration spatiale, indique Bob McDonald.
Selon lui, l'expérience a bien montré que le programme
spatial n'est pas une question dichotomique et que le fait de soutenir
cette recherche de pointe a permis de nombreuses retombées
technologiques positives dans une sphère beaucoup plus large.
Pour Alex MacKenzie, les bienfaits de la génomique
commencent à se faire sentir dans les populations les plus
pauvres de la planète. Ces dernières années
par exemple, on a établi la cartographie des génomes
des parasites porteurs de la malaria et de la bactérie responsable
de la tuberculose.
« C'est peut-être pour répondre à un
sentiment de culpabilité, mais fort heureusement il est de
bon ton, depuis les cinq dernières années, d'orienter
la recherche en génomique sur des problèmes du tiers
monde », note M. MacKenzie. |
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