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Suivre le cycle des lemmings de l’Arctique canadien

Le Musée canadien de la nature dirige la recherche sur le « garde-manger » de la toundra

© Musée canadien de la nature

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Dominique Fauteux, Ph. D., mammalogiste du Musée canadien de la nature (à gauche); lemming (à droite). 

 

Ottawa, 25 juillet 2019 – Les lemmings comptent parmi les mammifères les plus abondants de l’Arctique canadien. Ces rongeurs herbivores sont de petite taille, mais leur essor et leur déclin cycliques ont des conséquences importantes sur de nombreux prédateurs arctiques, comme le renard, l’hermine, le Harfang des neiges, le Faucon gerfaut.

Dominique Fauteux, Ph. D., mammalogiste du Musée canadien de la nature, dirige une étude sur les fluctuations des populations de lemmings et leur lien avec la biodiversité de la toundra. Il existe quatre espèces de lemmings dans l’Arctique canadien.

« On sait que les populations de lemmings connaissent des cycles au cours desquels leurs effectifs croissent, atteignent un sommet, puis déclinent et s’effondrent, explique Dominique Fauteux, qui travaille dans l’Arctique depuis 2011, alors qu’il entreprenait son aventure dans le Grand Nord en tant qu’étudiant à l’Université Laval. Chaque phase de croissance et de déclin est bien connue, mais il nous reste beaucoup à apprendre sur les raisons de ces variations en dents de scie. »  

Depuis 2017, année de son entrée en fonction au Musée, le chercheur dirige son propre programme de recherche. Cet été, il passe près de deux mois dans trois sites de l’Arctique canadien. En collaboration avec des collègues, il suit et surveille les populations de lemmings et de leurs prédateurs dans trois zones : près de Salluit, le long du détroit d’Hudson, au Nunavik québécois (du 11 au 18 juin); sur l’île de Bylot dans le Haut-Arctique du Nunavut (du 22 juin au 16 juillet); autour de la baie Cambridge de l’île Victoria, au Nunavut (du 25 juillet au 8 août).

C’est la niche écologique de l’île de Bylot qui a fait l’objet de la recherche la plus approfondie, notamment grâce au dynamique programme de recherche du Centre d’études nordiques de l’Université Laval. Dominique Fauteux a lancé le projet de terrain de Salluit en 2018; il projette de retourner au cours des prochaines années à ce site qu’il considère très prometteur pour l’étude et la surveillance des populations de lemmings d’Ungava (Dicrostonynx hudsonius).

À chaque site, la démarche consiste à installer des pièges permettant de capturer des animaux vivants sur un quadrillage pouvant couvrir jusqu’à 11 hectares. Dans chaque cage, une tranche de pomme et du beurre d’arachide servent de leurre. Une fois capturés, les lemmings sont mesurés, étiquetés et relâchés. À son retour au laboratoire de Gatineau, au Québec, Dominique Fauteux analyse les données démographiques, comme les taux de survie et de reproduction, afin de comparer les populations à différents sites.

À son pic d’abondance, la population de lemmings peut être multipliée par cent sur une période de neuf mois. « Comme beaucoup de petits mammifères, les lemmings privilégient la reproduction plutôt que la préservation des individus pour assurer leur survie, explique le chercheur. Pendant l’hiver, ils vivent sous le couvert neigeux; délaissant l’hibernation, ils préfèrent subsister en se nourrissant de plantes de la toundra, puis se reproduire. À l’arrivée du printemps, les prédateurs peuvent alors festoyer et puiser dans ce « garde-manger » que constituent les lemmings. Le nombre de ces derniers décline à la fin de l’été en raison de la prédation.

On ne comprend pas encore très bien les raisons de ces fluctuations d’année en année, qui pourraient varier en fonction du site, de la présence de différents prédateurs et des interactions entre eux. « Certains oiseaux se reproduiront plus facilement parce que leurs prédateurs habituels, comme le renard arctique, profitent de l’abondance des lemmings et de la facilité à les capturer », explique Dominique Fauteux.

Selon des recherches effectuées en Norvège, la compétition pour les mousses avec d’autres animaux peut provoquer le déclin des populations de lemmings. L’étude de trois ans sur l’île de Bylot publiée par Fauteux en 2018 vient étayer l’hypothèse selon laquelle un grand nombre de prédateurs peut contribuer à la diminution des populations de lemmings.

Le chercheur fait remarquer que les changements climatiques peuvent aussi commencer à jouer un rôle sur les populations de lemmings. Avec le réchauffement, la pluie crée une croûte dure sur la neige, qui complique la tâche des lemmings à trouver un abri et à accéder à la végétation sous la neige.  

Les recherches de Dominique Fauteux bénéficient de l’appui du Musée canadien de la nature, ainsi que du Centre d’études nordiques, de Savoir polaire Canada, du Programme du plateau continental polaire (Ressources naturelles Canada), d’Air Inuit et de First Air.

Des photos sont disponibles sur demande.

Sauver le monde avec des preuves, des connaissances et de l'inspiration! Le Musée canadien de la nature est le musée national de sciences et d’histoire naturelles du Canada. Il a vocation à transmettre des idées fondées sur des faits, à procurer des expériences instructives et à favoriser une relation enrichissante avec la nature d’aujourd’hui, d’hier et de demain. Il y parvient grâce à sa recherche scientifique, à sa collection de 14,6 millions de spécimens, à ses programmes éducatifs, à ses expositions permanentes et itinérantes, et à son site Web dynamique nature.ca.

Renseignements pour les médias :
Laura Sutin
Relations avec les médias
Musée canadien de la nature
(cel.) 613.698.7142
lsutin@nature.ca