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Cas de fausse identité résolu ! Un genre d’abeille réputé le plus rare en Amérique du Nord a perdu son titre

Thomas Onuferko © Canadian Museum of Nature

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Vue latérale et vue dorsale de la « mystérieuse » abeille. Voici le spécimen holotype de Brachymelecta mucida, qui aurait été collecté au Nevada dans les années 1870. On sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un spécimen aberrant de Brachymelecta californica, une abeille coucou de Californie 

15 juin 2021 – Des chercheurs canadiens ont fait une découverte : une abeille que l’on croyait être une des plus rares au monde et la seule représentante de son genre n’est en fait qu’un spécimen exceptionnel d’une espèce répandue.

Des scientifiques du Musée canadien de la nature et de l’université York ont rectifié l’identité d’une abeille mystérieuse découverte au Nevada dans les années 1870, comme étant une Brachymelecta californica. Ils ont remarqué qu’il s’agissait d’un sujet aberrant d’une espèce (un abeille coucou de Californie) comprise dans un groupe de six espèces. Toutes ces abeilles sont cleptoparasites : les femelles pondent leurs œufs dans les nids d’abeilles fouisseuses. L’espèce Brachymelecta californica est très répandue de l’ouest du Canada jusqu’au sud du Mexique.  

L’article rectifiant l’identité de l’abeille en question paraît aujourd’hui dans l’European Journal of Taxonomy. « Ce singulier spécimen a confondu les chercheurs pendant des décennies et trompé plusieurs spécialistes de la taxonomie des abeilles de renommée mondiale, explique Thomas Onuferko, Ph. D., chercheur associé au Musée et auteur principal de l’étude. On peut maintenant arrêter de chercher d’autres spécimens de cette espèce rare. »

C’est l’entomologue américain Ezra Townsend Cresson qui a, le premier, décrit le spécimen du Nevada en 1879. On l’a ensuite placé dans un genre distinct, puis renommé Brachymelecta mucida en 1939, un nom qui, depuis, n’a été associé qu’à ce sujet unique.

Thomas Onuferko © Musée canadien de la nature

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Étiquettes d’identification de l’abeille « mystérieuse », dont l’étiquette originale (en haut à droite) écrite par Ezra Townsend Cresson, qui a été le premier à la décrire.

Ce spécimen se distingue des abeilles apparentées par la présence de poils pâles sur la partie dorsale de son abdomen. Les autres spécimens qui, on le sait maintenant, font partie de la même espèce ont des poils partiellement foncés. Autre trait distinctif de ce spécimen : les ailes antérieures ont deux cellules submarginales, alors que les abeilles de ce groupe en ont normalement trois. Ces deux traits ont dérouté tout le monde jusqu’à aujourd’hui.  

En 2019, Thomas Onuferko a eu l’occasion d’examiner ce spécimen rare lors d’une visite de la collection de l’Académie des sciences naturelles de l’université Drexel à Philadelphie. Là, il a aussi découvert une série d’autres spécimens dont l’étiquette indiquait la même localité imprécise et qui étaient identifiés comme appartenant à Xeromelecta californica, une espèce aussi décrite par Cresson l’année précédant la description de l’abeille mystérieuse.

Chez certains de ces spécimens, le patron des veines des ailes était le même que celui du spécimen mystérieux. « À ce moment, j’ai eu l’idée que ces spécimens pouvaient tous appartenir à la même espèce », explique Thomas Onuferko.

Cette idée a été confortée par la découverte, dans la collection de Laurence Packer, Ph. D., de l’université York, d’une abeille porteuse de ces mêmes poils blonds suspects sur l’abdomen en entier. Le code à barres génétique a confirmé l’appartenance du spécimen à Xeromelecta californica. Les poils normalement foncés chez cette espèce étaient entièrement pâles chez le spécimen en question. Thomas Onuferko et Laurence Packer, qui a collaboré à l’étude, ont conclu que l’absence de pigmentation des poils était due à une forme d’albinisme partiel.

Cette découverte a surpris Laurence Packer, car plusieurs des meilleurs spécialistes des abeilles avaient étudié ce spécimen. « Fouiller dans les vieilles collections des musées est une bonne chose. Il y a beaucoup à y découvrir et, dans ce cas, la fouille a révélé qu’un spécimen n’était finalement pas si rare qu’on le pensait. »

La découverte a déclenché un changement de nom inédit, en conformité avec les règles de la Commission internationale de nomenclature zoologique, l’organisation qui régit la nomenclature des espèces animales. La chronologie des dates de publication des divers noms de genre et d’espèce a donné préséance au nom Brachymelecta californica. Par conséquent, les cinq espèces apparentées que l’on appelait Xeromelecta font maintenant partie du genre Brachymelecta. Précédemment connu par un seul spécimen, ce genre est aujourd’hui représenté dans la plupart des collections d’abeilles d’Amérique du Nord.    

« La reclassification de cette abeille souligne l’importance de décrire un nouveau taxon à partir de plusieurs exemples et explique la raison pour laquelle les entomologues collectent des séries de spécimens », déclare Thomas Onuferko. Il est impossible de connaître les variations existant au sein d’une espèce à partir d’un spécimen unique. En décrivant une espèce à partir d’un seul individu, on risque de prendre un spécimen aberrant pour une nouvelle espèce.     

Il est parfois possible de décrire une espèce à partir d’un spécimen unique, mais à condition d’apporter de solides justifications accompagnées, si possible, de preuves moléculaires et morphologiques, ceci en vue d’éviter les problèmes taxonomiques en aval.

Les auteurs de l’étude expliquent que de nombreux chercheurs ont écrit sur cette mystérieuse abeille alors connue sous le nom de Brachymelecta mucida, ce qui est un gaspillage de ressources intellectuelles pour un sujet qui n’en valait pas la peine. « Les collectionneurs d’abeilles étaient à la recherche de l’insaisissable « baleine blanche » ou plutôt de l’« abeille pâle », une espèce qui, de toute évidence, n’existait que dans l’esprit des taxonomistes », déclare Thomas Onuferko.

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Un mot sur le Musée canadien de la nature
Le Musée canadien de la nature est le musée national de sciences et d’histoire naturelles du Canada. Il procure des connaissances fondées sur des faits et des expériences enrichissantes. Il manifeste son indéfectible engagement à l’égard de la nature d’hier, d’aujourd’hui et de demain par la recherche scientifique, la conservation de quelque 14 millions et demi de spécimens, des programmes éducatifs, des expositions permanentes et itinérantes et son dynamique site Web, nature.ca.                                                                                                                                           

Renseignements pour les médias
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Chef, Relations avec les médias
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Sandra McLean
Agente principale, Relations avec les médias
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